Tracer l’horizon

Frédérique Bouet

Exposition – Espace des Cimaises

Le processus créatif des images de Frédérique Bouet s’apparente à celui du souvenir ; son travail est souvent constitué de séries. Il procède de la collection, de la juxtaposition. Il fonctionne comme autant de petites mémoires, de fragments de temps enregistrés et superposables.

Il y a dans ses photos un ancrage au temps, à la lumière et au silence. A la mémoire aussi. Une intimité forcée, empreinte de solennité, un rendez-vous avec la finitude, un retour et une projection tout à la fois, un condensé de vie.

Frédérique Bouet porte en elle l’absence d’un paradis à jamais perdu, inscrit là, dans son regard, indélébile, vertigineux. Le souvenir de quelques jours de solitude passés sur un îlot perdu, loin, au milieu d’un espace sans limite. Devant, la mer. Derrière, la mer. Au milieu, la mer. Toujours et partout. A perte de vue, l’eau. A perte de vue, le ciel. Jusqu’à l’ivresse.

 

Les yeux accrochés au large, à essayer de démêler la mer du ciel, le rêve de la réalité. A vouloir tracer l’horizon. Le temps suspendu. Parenthèse bleue. Comment dire l’incommensurable ?

Elle n’a ne cesse de retrouver dans chacune de ses photos cette lumière augurale, ce petit coin de couleur bleu-vert, immatérielle et cérébrale, qui teinte sa mémoire.

Elle n’a de cesse de tracer l’horizon, cet infini possible, mythique, ligne virtuelle ou projection mentale qui s’éloigne à mesure qu’on avance.

Elle réinvente ce trait sans dimension qui se projette comme un négatif brûlant dans l’obscurité de ses paupières. Elle photographie cette ligne d’équilibre originelle que l’on n’atteint jamais, qui n’existe pas, qui n’en finit pas de finir, ultime métaphore de l’enregistrement des battements du cœur lorsqu’il s’arrête.

 

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