Le bal des sirènes

Eva Demarelatrous

Le travail d’Eva Demarelatrous met en scène le corps de la femme et son prolongement, le vêtement, la robe. Il s’agit de célébrer l’épanouissement des formes et la joie d’être mais également de souligner le vide, l’angoisse et le sentiment d’enfermement, d’abus, avec le besoin urgent de se protéger.

Les supports et les matériaux qu’elle recherche dans des coopératives agricoles et maritimes lui permettent d’explorer de nouvelles possibilités plastiques, d’élargir son champ d’action. Elle crée ainsi des robes-sculptures, des vêtements résistants au soleil, à la pluie et au vent.

Ses silhouettes improbables, à la fois parures et carapaces, sont des lieux où se mêlent rêves, fantasmes et souvenirs enfouis ou non.
De son enfance en Allemagne, remontent des images de contes et de légendes où la femme et l’eau se rencontrent, Méduse, naïades ou sirènes, objets de fascination et d’envoûtement.

C’est sur l’îlot du marais perdu qu’Eva a choisi de disposer ses silhouettes incertaines.
Il ne fallait pas perturber le silence et l’équilibre du lieu – de cette île dans l’île – doublement ceinturé d’eau. Il était nécessaire de retenir les couleurs crues qu’elle manie souvent avec bonheur.

Eva Demarelatrous ne pouvait pas se contenter de l’image idyllique des contes de son enfance : ceux-ci nous renvoient aussi à notre part d’ombre.
Elle a donc choisi deux couleurs : le blanc de l’écume, de la nacre, du sel et le noir de la vase du sol nourricier ou de la marée noire.

L’artiste s’est mise au diapason de cette nature fragile pour disséminer dans un grand souffle des corps sans jambes et les mettre debout, contre vents et marées.

 

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