Le souffle perdu

Gérard Lhériteau

Gérard Lhériteau est un bricoleur de l’instant, collectionneur de l’inutile et du dérisoire, qui crée des installations par accumulation d’objets collectés, de matériaux légers et de végétaux trouvés sur place.
C’est un arpenteur, géomètre de l’absurde, qui travaille sur les trajectoires, pose la question du cheminement et interroge la vacuité de certains de nos comportements. Il construit des chemins de traverse et défend un nomadisme poétique qui fait écueil à l’agitation et à la gesticulation du monde.

Il élabore avec fantaisie des cartes oniriques et nous promène dans des territoires nouveaux, loin des itinéraires convenus, des mirages et du chant des sirènes qui nous déroutent de l’essentiel.

 

Son travail témoigne de la fuite en avant irréversible et mortifère dans laquelle la croissance et le progrès nous entraîne en nous précipitant vers notre finitude. Nous sommes englués dans cette course effrénée, toujours plus, toujours plus loin, qui nous essouffle.
Car c’est de l’essoufflement, généré par l’excès et la démesure de nos comportements dont il est question dans La Vanité que propose Gérard Lhériteau. Et du souffle.

L’entrelacs de routes que l’oeil perçoit, est d’évidence un voyage au pays des hallucinations, une vision exorbitée du réel. Ce maillage de rubans entrelacés est à la fois la métaphore de la toile d’araignée qui emprisonne ses proies, la langue de feu qui dévaste tout sur son passage, le labyrinthe dans lequel on se perd, mais aussi le filet de protection, le garde-fou du funambule.

Le souffle funeste exhalé par l’orifice de sa tête de mort nous propulse comme des fétus de paille loin de nous même, dans une déflagration qui peut se montrer salvatrice au bout du compte, car elle nous libère. Tout dépend de nous, de ce que nous ferons et du choix que nous opérerons.


Il y a toujours la possibilité d’infléchir la direction grâce au regard humaniste et généreux de l’artiste. Le réseau routier qui s’étend devant nous ne mène nulle part. À nous de décider de nos errances et de nos divagations. Le souffle, c’est aussi la respiration et la vie.

 

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